Définition Kyste bénin sous-cutané, bordé d'épithélium malpighien kératinisant, rempli de kératine lamellaire. Partout où existent des follicules pileux.

Le plus fréquent des kystes cutanés.
Epidémiologie Tout âge (forme congénitales) rare avant la puberté hormis formes congénitales;
Pic entre 20–40 ans.
Sexe ♂ > ♀ (2:1).

Avant 10 anspenser à la syndrome de GardnerPolypose adénomateuse familiale (PAF) — Mutation APC
• Polypes colorectaux (risque CCR majeur)
• Kystes épidermoïdes multiples (visage, scalp, tronc)
• Ostéomes mandibulaires/crâniens
• Dents surnuméraires
→ Référer en génétique si ≥2 kystes épidermoïdes chez enfant + antécédents familiaux de polypes ou CCR
(PAF) si si ≥2 kystes ou contexte familial.
Clinique typique Nodule arrondi, bien limité, mobile, mou à ferme. Indolore au repos.

Punctum central (point noir) = quasi-pathognomonique.
Localisations fréquentes Partout où existent des follicules pileux --> Cuir chevelu, visage, cou, tronc, dos.
Évolution Lente, --> stable des mois/années mais peu devenir inflammatoire ou --> s'infecter.

La régression spontanée est exceptionnelle.

3 erreurs à éviter

1. Inciser un kyste non abcédé (récidive garantie)
2. Opérer en phase inflammatoire aiguë
3. Ignorer un kyste médian scalp (→ communication possible)
Décisions
① Kyste asymptomatique stable → Surveillance, rassurer les parents, expliquer les signes d'alerte.
② Kyste infecté/abcédé → Drainage en urgence, antibiotique si nécessaire, exérèse à froid à distance.
③ Kyste gênant/récidivant → Exérèse chirurgicale complète à froid, avec paroi intacte.
🚨Red flags immédiats
  • Croissance rapide (>1 cm/mois) → éliminer malignité
  • Masse fixée, indurée, profonde → bilan urgent
  • Localisation médiane scalp/nez → imagerie avant tout geste
  • Dès 2 Kystes chez l'enfant → penser Sd de Gardner
  • Récidive après exérèse complète → biopsie+histologie
📖Définition & Physiopathologie
Trigger
Obstruction/traumatisme/inflammation-acné du follicule infundibulairePortion supérieure du follicule pileux reliant le bulbe pilaire à la surface cutanée. Lieu d'origine des kystes épidermoïdes. Riche en kératinocytes à différenciation terminale.
Mécanisme
Invagination de l'épithélium kératinisant → formation d'une cavité capsulée bordée d'un épithélium malpighien stratifié (incluant couche granuleuse = différence avec kyste dermoïde) → accumulation progressive de kératine lamellaire desquamée dans la lumière
Expansion
Croissance lente par exfoliation lamellaire continue → augmentation de pression intra-kystique → distension de la capsule → nodule palpable
Complication — Inflammation/Infection
Rupture spontanée ou traumatique de la paroi → libération de kératine dans le derme → réaction granulomateuse intense (corps étranger) → chaleur, rougeur, douleur.

Si surinfection : principalement Staphylococcus aureus, rarement Streptococcus. Phase inflammatoire ≠ infection toujours (souvent aseptique)
🔍Signes cliniques typiques
SigneValeur discriminante
Punctum central (point noir) Quasi-pathognomonique si présent (~50%)
Nodule arrondi, bien limitéTypique, peu discriminant seul
Mobilité / indépendance au plan profondRassurant si présent
Consistance molle à ferme (pâte de kératine)Variable selon tension
Peau sus-jacente normaleSauf inflammation ou ancienneté
Odeur caractéristique si ponctionnéKératine dégradée = fétide
🌡Kyste enflammé / infecté
  • Rougeur, chaleur, douleur locale → inflammation (kératine ± infection)
  • Fluctuation → abcès constitué → drainage indiqué
  • Fièvre → infection systémisée → antibiotique obligatoire
  • Adénopathie satellite → infection établie → antibiothérapie
  • Important : inflammation seule (rupture aseptique de paroi) ≠ infection — peut ne pas nécessiter d'antibiotique
📊Épidémiologie pédiatrique
Fréquence
Kyste cutané le plus fréquent toutes catégories confondues.
Âge / sexe
Pic 20–40 ans. Présent dès l'enfance.
Rare avant puberté (follicule immature). ♂ > ♀ (2:1). ⚠ PROBABLE
Chez l'enfant
2e masse superficielle réséquée (après ganglions). Penser association génétique si multiples.
Facteurs favorisants : acné, traumatisme répété, folliculites, radiothérapie antérieure, inhibiteurs de BRAFKinase de la voie MAPK/ERK impliquée dans la prolifération cellulaire. Mutation V600E fréquente dans mélanome, CCR. Inhibiteurs (vémurafénib, dabrafénib) = traitement targeted en oncologie. Effet secondaire connu : kystes épidermoïdes multiples. (en oncologie), syndrome de Gardner.
🧬Formes particulières à connaître
FormeCaractéristiquesÀ faire
Kyste milium Micro-kyste épidermoïde blanc perle, <3 mm, visage/paupières. Fréquent nourrisson. Abstention. Régression spontanée habituelle.
Kyste congénital scalp Présent à la naissance ou 1ères semaines. Mobile, bien limité. Échographie si localisation médiane. Avis chirurgical.
Kystes multiples Enfant <10 ans + kystes épidermoïdes multiples = PAFPolypose Adénomateuse Familiale — Mutation gène APC (chr 5q21)
• Centaines à milliers de polypes colorectaux
• Transformation maligne quasi-certaine si non traité
• Manifestations extra-coliques : ostéomes, kystes épidermoïdes, DFSP
→ Référer en génétique pédiatrique si suspicion
jusqu'à preuve du contraire.
Avis génétique pédiatrique + coloscopie familiale.
Localisation inhabituelle Paume, plante : souvent post-traumatique (implantation directe). Exérèse si gênant.
🎯 Clé de lecture
Le diagnostic de kyste épidermoïde est clinique dans les cas typiques (punctum central + mobilité + localisation usuelle).
L'échographie et/ou l'histologie post-exérèse permettent de confirmer les cas douteux.
⚖️Diagnostics différentiels — tableau comparatif
Diagnostic Arguments POUR ce DDx Arguments CONTRE (= pour kyste épi.) Examen clé Urgence
Pilomatricome Dureté pierreuse, peau bleutée, signe de bascule, tête/cou/bras Pas de punctum, très dur (kératine épidermoïde = molle), pas de fluctuation Échographie : calcifications + halo hypoéchogène Non
Kyste dermoïde Queue du sourcil, ligne médiane, congénital, ferme Pas de punctum, présent depuis naissance, localisation très typique IRM si médian ou orbitaire Si médian
Kyste trichilemmal (pilar) Cuir chevelu +++, adulte > enfant, contenu caséeux ≠ kératine lamellaire Pas de punctum habituellement. Histologie différente. Histologie post-exérèse Non
Lipome Masse très molle, lobulée, non adhérente à peau, tronc/épaules Pas de punctum, pas d'adhérence cutanée, rare <10 ans, couleur peau normale Échographie : image graisseuse hyperéchogène Non
Granulome vaccinal Site injection, prurigineux, érythémateux persistant, nourrisson/jeune enfant Contexte vaccinal évident, pas de punctum, pas de capsule kystique Anamnèse vaccinale Non
Abcès cutané Rouge, chaud, fluctuant, douloureux, fièvre possible Pas d'histoire de nodule préexistant stable. Pas de punctum. Clinique ± Écho si doute Oui si fièvre
Ganglion réactionnel Cervical, sous-mandibulaire, axillaire, inguinal, contexte infectieux Localisation ganglionnaire (non folliculaire), pas de punctum, ovalaire/mobile en chaîne Clinique ± Écho si >4 sem. Non sauf ADP sus-clav.
Tumeur des tissus mous ⚠ Grave Croissance rapide, fixée, profonde, >3 cm, dure, irrégulière Kyste épidermoïde = superficiel, mobile, lisse Échographie urgente puis IRM Oui
Syndrome de Gardner (PAF) ⚠ Dépistage Enfant <10 ans, kystes multiples, ostéomes mandibulaires, contexte familial polypes Kyste épidermoïde isolé = non évocateur Génétique + coloscopie familiale Semi-urgent
Granulome annulaire profond Enfant, asymptomatique, jambes/mains/fesses, nodule sous-cutané ferme Pas de punctum, pas d'adhérence cutanée, distribution différente Histologie (si doute persistant) Non
⚙️Raisonnement clinique pratique
✅ Évoquer kyste épidermoïde si :
  • Punctum central visible
  • Nodule mobile, superficiel, bien limité
  • Peau sus-jacente normale ou légèrement plissée
  • Contenu pâteux exprimable (odeur fétide)
  • Localisation : visage, scalp, tronc, dos
  • Évolution stable sur plusieurs mois
🚩 Ne PAS conclure kyste épidermoïde si :
  • Dureté pierreuse → pilomatricome
  • Localisation médiane → kyste dermoïde
  • Masse profonde fixée → tumeur
  • Enfant <10 ans + multiples → PAF
  • Site injection prurigineux → granulome vaccinal
  • Croissance rapide → biopsie/imagerie d'abord
Principe général : Le diagnostic est clinique dans les cas typiques. L'imagerie et la biologie ne sont utiles que dans les situations atypiques ou compliquées.
📡Échographie des parties molles ± Doppler
ItemDétail
IndicationDoute diagnostique / masse atypique / taille >2 cm / enfant / avant chirurgie
Ce qu'on voitLésion anéchogène à hypoéchogène, bien définie, contenu homogène ou hétérogène. Renforcement postérieur. Écho fibrose si ancienne. Tractus anéchogène connectant la lésion à l'épiderme (le "submarine sign") = signe du punctum à l'échographie.
DopplerPas de vascularisation interne (si vascularisation → évoquer autre diagnostic). Vascularisation périphérique possible si inflammation.
Distinguer du pilomatricomeKyste épi = contenu mou, renforcement postérieur, submarine signSigne du "sous-marin" : tractus anéchogène reliant la lésion à l'épiderme, correspondant au punctum à l'échographie. Spécifique du kyste épidermoïde. Quand visible, il élimine pratiquement le pilomatricome.. Pilomatricome = masse solide, calcifications, atténuation postérieure, halo hypoéchogène.
PerformanceDistingue kyste vs solide avec bonne sensibilité. Aide DDx kyste épi vs pilomatricome (OR pilomatricome si atténuation = 9.3; si halo hypoéchogène = 10.3) ⚠ études rétrospectives
LimitesOpérateur-dépendant. Ne confirme pas histologiquement. Ne détecte pas toujours le punctum.
🧫Biologie
ExamenQuand / apport
NFS + CRPSi fièvre ou suspicion d'infection systémique. Sinon inutile.
Prélèvement bactériologiqueSi drainage d'un abcès → écouvillon, orientation antibiothérapie. Utile si terrain immunodéprimé ou récidive infectieuse.
Bilan génétiqueSi kystes multiples chez enfant → recherche mutation APC (PAF / Gardner).
🔬Histologie post-exérèse
ItemDétail
Indications d'envoi en anatomo-pathologieToujours recommandé (exclure transformation épidermoïde, carcinome rarissime). Obligatoire si aspect atypique, récidive, taille >3 cm.
Résultat attenduÉpithélium malpighien stratifié kératinisant avec couche granuleuse + lumière remplie de kératine lamellaire.
Différence clé vs kyste dermoïdeKyste dermoïde : annexes cutanées (poils, glandes) dans la paroi. Kyste épidermoïde : paroi simple.
🧲IRM
Indication : Réservée aux localisations médiane, nasale ou orbitaire suspectes de kyste dermoïde (éliminer communication intracrânienne). Aussi si masse profonde suspecte de malignité après échographie non concluante.

Signal attendu : Hyposignal T1, hypersignal T2 (kératine), hétérogène en FLAIR. Rehaussement périphérique possible si inflammation.
⚠️ Règle absolue
Ne jamais exciser un kyste en phase inflammatoire ou infectieuse aiguë. Les plans de dissection sont indistincts → risque de rupture peropératoire et de récidive quasi-certaine. Drainer d'abord, opérer à froid (4–6 semaines après résolution).
🗺Stratégie thérapeutique selon la situation
SituationTraitement
Kyste stable, asymptomatiqueSurveillance. Expliquer aux parents. Exérèse si souhaitée.
Kyste inflammé (aseptique)Anti-inflammatoires locaux ± corticoïde intralésionnel si disponible. Pas d'antibiotique sauf si surinfection prouvée. Exérèse à froid à distance.
Kyste abcédé (fluctuant)Drainage ± pansement. Antibiotique si fièvre/cellulite. Exérèse à froid à 4–6 semaines.
Kyste gênant/cosmétique/récidivantExérèse complète à froid avec paroi intacte.
① Abstention / Surveillance 1re ligne — kyste stable
IndicationKyste petit, stable, asymptomatique, sans gêne fonctionnelle ni cosmétique.
ConsigneNe pas tripoter, ne pas tenter de vider soi-même (risque d'infection). Contrôle si changement (taille, rougeur).
PronosticRégression spontanée exceptionnelle. Évolution souvent stable, parfois croissance lente.
② Incision-Drainage (kyste abcédé) Urgence si fluctuant
IndicationKyste fluctuant (abcès constitué).
TechniqueAnesthésie locale périlésionnelle → incision franche sur zone de fluctuation maximale → évacuation + lavage sérum physiologique → méchage (maintien drainage) → pansements quotidiens jusqu'à détersion.
ImportantLe drainage ne retire pas la paroi kystique → récidive quasi-certaine sans exérèse secondaire à froid. Programmer l'exérèse complète à 4–6 semaines.
À éviterManipulation non stérile, compression manuelle externe (risque de diffusion bactérienne et récidive).
③ Antibiothérapie Si infection prouvée
IndicationFièvre, cellulite extensive, adénopathie satellite, immunodépression, localisation à risque (face, périnée), signes systémiques. Pas d'antibiotique si inflammation aseptique seule.
Germe cibleStaphylococcus aureus (SASM principalement). Rarement streptocoques.
1re intention Amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin®, LaMal) :
Enfant : 40–50 mg/kg/j en 3 prises × 7 jours (max 3 g/j) — couvre SASM
Ou Céfuroxime PO si disponible
Allergie pénicillineClindamycine : 20–30 mg/kg/j en 3 prises (enfant), max 1,8 g/j
Si SARM suspectéCotrimoxazole (TMP/SMX) : 8 mg/kg/j de TMP en 2 prises. Adaptation selon antibiogramme.
Durée7 jours en général. Réévaluation à 48–72h.
Note SuisseAmoxicilline-clavulanate = Augmentin® remboursé LaMal sur prescription. Clindamycine = Dalacin® disponible compendium.ch.
④ Exérèse chirurgicale complète (traitement définitif) Curatif — à froid uniquement
IndicationKyste gênant (esthétique/fonctionnel), récidivant, en croissance, après résolution d'un épisode infectieux.
Principe cléExérèse complète avec paroi capsulaire intacte = seul traitement définitif (récidive quasi-nulle si paroi non rompue). ✔ PROUVÉ
TechniquesExérèse classique : ellipse cutanée centrée sur punctum + dissection paroi intacte en bloc
Technique minimale invasive (Zuber) : punch 3–4 mm sur punctum → expression + extraction paroi → cicatrice minimale ⚠ études limitées
Exérèse par punch biopsie : variante pour petits kystes superficiels
AnesthésieLocale (lidocaïne 1% ± épinéphrine) chez enfant coopérant ≥6–8 ans. Générale (TIVA/masque) si jeune âge, localisation délicate, enfant non coopérant.
HistologieEnvoi systématique de la pièce en anatomopathologie (exclure transformation maligne, reclassifier si atypique).
RécidiveRare si exérèse complète paroi. Fréquente si paroi rompue peropératoire ou exérèse incomplète.
RéférenceChirurgie pédiatrique ou dermatologue expérimenté si localisation délicate (face, péri-oculaire).
💬Message aux parents
🔤Abréviations
APC Adenomatous Polyposis Coli (gène suppresseur de tumeur)
ATB Antibiothérapie
CCR Cancer colorectal
DDx Diagnostic différentiel
EIC Epidermal Inclusion Cyst
IRM Imagerie par résonance magnétique
LaMal Loi fédérale sur l'assurance maladie (Suisse)
OR Odds Ratio
PAF Polypose adénomateuse familiale
SASM Staphylococcus aureus sensible à la méticilline
SARM Staphylococcus aureus résistant à la méticilline
TMP/SMX Triméthoprime-sulfaméthoxazole
📚Sources & Références
[1] Weir CB, St.Hilaire NJ. Epidermal Inclusion Cyst. StatPearls, NCBI Bookshelf. Updated Aug 2023. nbk499974
[2] Medscape Emedicine. Epidermoid Cyst: Background, Pathophysiology, Epidemiology, Treatment. Updated 2024. emedicine.medscape.com
[3] Kim HK et al. Ultrasound feature-based diagnostic model focusing on the "submarine sign" for epidermal cysts among superficial soft tissue lesions. Korean J Radiol 2019;20(10):1409–1421.
[4] Lin SF et al. A comparative study of pilomatricoma and epidermoid cyst with ultrasound. Clinical Radiology 2023. ScienceDirect
[5] Zuber TJ. Minimal excision technique for epidermoid (sebaceous) cysts. Am Fam Physician 2002;65(7):1409–1420. PubMed
[6] Patel R et al. Ultrasonography of Pediatric Superficial Soft Tissue Tumors and Tumor-Like Lesions. RadioGraphics 2020. PMC7039727
[7] Krtanjek M et al. Epidermal Cyst on the Face of a Child, Clinically and Dermoscopically Mimicking Pilomatricoma. Dermatopathology 2019. PMC6368074
[8] Diven DG et al. Bacteriology of inflamed and uninflamed epidermal inclusion cysts. Arch Dermatol 1998;134(1):49–51.
[9] Dermatonet.com. Soigner un kyste infecté : le kyste enflammé et infecté. Mise à jour 2026. dermatonet.com
[10] Compendium.ch — Augmentin®, Dalacin®, Zinforo®. compendium.ch (consulté 2026)
[11] SwissPedDose — Amoxicilline-clavulanate, Clindamycine, Cotrimoxazole. swisspeddose.ch
Niveau de preuve global : Fiche basée sur revues systématiques, données observationnelles pédiatriques et consensus d'experts. La plupart des recommandations sont de niveau B-C (peu d'essais randomisés sur le kyste épidermoïde pédiatrique isolé). Signalé en conséquence dans le texte.